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Mobilisation des compétences de l’Étranger : Le défi marocain

Longtemps marginalisées, les compétences marocaines de l’étranger apparaissent aujourd’hui comme un vivier où le Maroc peut puiser pour le transfert de savoir-faire et d’expertise. Dans le sens inverse, ces compétences peuvent constituer un relais pour le Maroc au sein des pays d’accueil. 

 

Si les Marocains du Monde sont cités sur le plan économique en tant que segment porteur de développement pour le Maroc, ils sont aussi un vivier de compétences susceptibles d’être cooptées. Plusieurs initiatives publiques ont été lancées dans ce sens. Sans jamais être scientifiquement évaluées. A contrario, des initiatives privées mettent la lumière sur ces potentialités. 

Forte de plus de cinq millions de personnes réparties sur les cinq continents, l’Europe concentrant à elle seule près de 80% de l’ensemble des Marocains Résidents à l’Étranger, la communauté marocaine recèle de compétences. Qu’il s’agisse d’éminents chercheurs et scientifiques ou de politiciens dans les hautes sphères étatiques, les Marocains constituent aujourd’hui une élite certaine.

Les exemples sont légion. Moncef Slaoui, l’éminent scientifique qui s’est vu confier, par l’ex-président américain Donald Trump, la tâche de trouver, dans un temps record, le vaccin anti-Covid est un exemple édifiant à cet égard.

D’autres scientifiques d’origine marocaine sont de renommée internationale. Rachid El Yazami, le physico-chimiste qui a inventé l’anode graphite pour les batteries lithium-ion, collectionne les prix les plus prestigieux à travers le monde pour ses travaux considérés comme ayant contribué à de grandes avancées dans le domaine de  l’ingénierie. Aziz Moqrich, autre scientifique de grande renommée, se trouve à la tête de l’équipe « douleur chronique : mécanismes moléculaires et cellulaires » à l’institut de Biologie du développement de Marseille. Ses recherches ont permis de déceler la protéine responsable des douleurs neurologiques, une découverte fondamentale pour les traitements antidouleurs. La start-up qu’il a créé en 2020 vient de réaliser une formidable levée de fonds pour l’étude de la douleur post-opératoire.

Moncef Benkirane, éminent chercheur est à la tête de l’Institut de génétique humaine (IGH), entité du CNRS et de l’Université de Montpellier, un laboratoire qui regroupe en son sein 22 équipes. Lui aussi a été primé par de très grands prix comme le Prix Liliane Bettencourt pour les sciences du vivant en 2013 ou le Grand prix de la Fondation Allianz Académie des Sciences qu’il se voit décerner en 2018… La liste est longue..

Le domaine de la recherche scientifique regorge de compétences marocaines de très haut niveau.

Et il est loin d’être le seul domaine où les Marocains du Monde brillent. La politique n’est pas en reste. Pour ne citer que l’exemple de la Belgique, le dernier gouvernement comptait deux ministres d’origine marocaine : Zakia Khattabi et Meryame Kitir.  Zakia Khattabi, nommée ministre de l’Environnement et du climat, est l’une des figures emblématiques de l’écologie politique en Belgique.

Après une carrière bien accomplie dans le syndicalisme ouvrier à l’usine Ford de Genk, Meryame Kitir devient à 40 ans, ministre chargée de la Coopération au développement et de la politique de la ville.

D’autres grands noms d’origine marocaine évoluent dans les sphères politiques à l’étranger comme Najat Vallaud Belkacem en France, Fadela Laanan ou Ahmed Laaouej en Belgique ou encore Khadija Arib aux Pays-Bas. Les domaines où interviennent les Marocains sont multiples : littérature, cinéma, vie associative…. C’est dire l’énorme vivier de Marocains du Monde qui évoluent au sein des pays d’accueil. Le Maroc a pris conscience, bien que tardivement, de l’importance de ces compétences. Plusieurs initiatives se sont succédé. Différentes sur la forme, elles tournaient toutes autour d’une même idée : attirer les compétences marocaines de l’étranger. D’abord simple plateforme créée dans le cadre d’un projet l’initiative baptisée Fincome a été lancée à la fin des années 2000. Avec des résultats très mitigés, elle n’a jamais été véritablement évaluée. Du moins de façon scientifique. Idem pour les initiatives qui se sont succédé du côté des autorités publiques. Création de Forums, puis de réseaux, puis de réseaux professionnels…

L’attrait des compétences marocaines de l’étranger est certain même si la façon de les attirer reste plutôt floue. Que sont devenus plusieurs de ces réseaux créés à coups d’annonces et de méga-événements ? Ont-ils réellement fonctionné comme souhaité ? Ont-ils apporté une valeur ajoutée au Maroc ? Ont-ils contribué au développement du pays ? Dans quelles mesures ? Y a-t-il eu dans ce cadre des transferts de savoir-faire et d’expertise ?

Des échanges et partenariats universitaires ont-ils vu le jour ?

Peut-on dire si oui ou non les programmes de mobilisation des compétences marocaines de l’étranger ont été positifs.

A ce jour, aucune évaluation scientifique n’a été faite. Aucun suivi rigoureux, chiffres à l’appui, n’a été communiqué. Les volontaires pour assister le Maroc dans certains programmes de développement sont nombreux. Plusieurs chercheurs d’origine marocaine sont allés jusqu’à proposer des partenariats à certains établissements d’enseignement supérieur dans le cadre des échanges mais surtout pour mettre à la disposition d’étudiants marocains des moyens à même de parfaire leur formation. Seulement, beaucoup déplorent le manque de réactivité de la partie marocaine, « incitant à l’abandon ». « Dommage pour notre pays ! Nous voulions partager tant de choses ! », confie un chercheur d’origine marocaine, désabusé.

Les initiatives privées pour mettre la lumière sur cette élite de Marocains du Monde sont rares. La plus édifiante est celle initiée par BM Magazine et baptisée Trophées Marocains du Monde. Créé en 2017, cet évènement est destiné à mettre en avant des compétences marocaines de l’étranger de très haut niveau dans plusieurs domaines (recherche scientifique, politique, droits de l’homme et vie associative, sport, entreprise, art et culture) afin de permettre de créer des liens entre une élite d’origine marocaine et le Maroc. Elle représente aussi une magnifique opportunité de networking via la Fondation Trophées Marocains du Monde, créée aussi dans cette même optique.

La mobilisation des compétences marocaines de l’Étranger est un des défis majeurs pour le Maroc.

 

Amale DAOUD

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